Oubliez la Silicon Valley ou les fortunes clinquantes de Wall Street : l’homme le plus riche d’Arizona s’appelle Ernest Garcia II. Fondateur de DriveTime Automotive et principal actionnaire de Carvana, il surclasse toute la concurrence du Grand Canyon State avec, selon Forbes, un magot estimé à 5,6 milliards de dollars.
Sa force ? Un contrôle presque total sur Carvana, géant de la vente de voitures d’occasion en ligne. Grâce à sa holding Verde Investments, Ernest Garcia II possède 89,3 millions d’actions Carvana, réparties en catégories A et B. Ce bloc représente 91 % des droits de vote. Cet homme ne se contente pas de suivre la croissance, il la pilote.
L’action Carvana a récemment atteint les 61 dollars, propulsant la valeur de la société à 8,9 milliards de dollars. Cette progression résume la montée en puissance d’une entreprise qui a su s’imposer en jouant sur la transformation profonde du marché des véhicules d’occasion aux États-Unis.
Rien ne laissait penser que Garcia s’imposerait à ce point dans l’univers automobile. Son parcours démarre pourtant ailleurs, dans la promotion immobilière. Mais la trajectoire se complique en 1990 : il fait face à une affaire de fraude bancaire à Irvine, Californie, dans le sillage du scandale Lincoln Savings and Loan. Il plaide coupable, échappe à la prison, mais doit se soumettre à trois ans de probation et travailler avec les enquêteurs.
Les années suivantes marquent une bascule. Garcia rachète Ugly Duckling, une société de location de voitures, la propulse en Bourse en 1996. En 2002, il la retire des marchés et la transforme en DriveTime Automotive Group. De cette base, il bâtit l’un des principaux réseaux de vente de véhicules d’occasion du pays, pesant de plus en plus lourd dans l’économie américaine.
L’histoire prend une nouvelle dimension familiale en 2007 : Ernest Garcia III, son fils, rejoint DriveTime. Cinq ans passent, l’aventure Carvana prend forme puis s’autonomise vis-à-vis de DriveTime. En 2017, la société entre en Bourse. Ce choix stratégique, parier sur l’achat et la vente de voitures via Internet, s’avère gagnant.
Ce portrait des fortunes automobiles américaines ne se limite pas à l’Arizona. D’autres grands noms s’illustrent dans le classement Forbes : Jim Kennedy, à la tête de Cox Enterprises, domine en Géorgie avec 9,2 milliards de dollars. Plus à l’ouest, dans l’Utah, Gail Miller affiche 1,5 milliard de dollars. Partie d’un unique concessionnaire Toyota, elle orchestre aujourd’hui un empire de 64 points de vente, générant 5,1 milliards de revenu. Miller détient aussi l’équipe NBA du Utah Jazz, démontrant comment l’automobile peut ouvrir sur d’autres industries.
En Arizona, le parcours d’Ernest Garcia II se lit bien au-delà d’un bilan financier. Son histoire dit tout d’une famille qui a su rebondir, risquer, bâtir sur ses failles pour peser durablement sur toute une industrie. Ce legs familial se poursuit, entre héritage et visions d’avenir. Le vrai défi désormais : voir si la génération qui suit transformera ce trésor en modèle pour demain, ou en simple récit figé dans le classement des fortunes.


