1,6 million de salariés français cotisent encore « à l’Agirc » alors que ce sigle ne devrait théoriquement plus exister. Le 1er janvier 2019 a signé la fin officielle de la distinction cadres/non-cadres dans la retraite complémentaire, mais la réalité administrative et contractuelle, elle, ne s’est pas rangée si vite. Entre droits acquis, points de retraite et contrats toujours marqués du sceau AGIRC, un pan de la population active continue de naviguer avec ces anciennes catégories, héritières d’un autre temps.
Si les règles ont été simplifiées, elles réservent encore des conséquences bien concrètes selon les parcours et conventions collectives. La façon dont la carrière est reconnue et certains droits ouverts continue de dépendre, parfois, de ces affiliations d’avant la réforme.
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Comprendre le régime Agirc-Arrco : origines, principes et évolution
Le régime Agirc-Arrco forme aujourd’hui la pierre angulaire de la retraite complémentaire des salariés du privé. Il résulte de la fusion, le 1er janvier 2019, des deux dispositifs historiques : Agirc (pour les cadres) et Arrco (pour l’ensemble des salariés). Ce nouvel ensemble est piloté par un Conseil d’administration Agirc-Arrco réunissant les partenaires sociaux : ce sont eux qui fixent chaque année la valeur du point et veillent à la bonne marche du système.
En pratique, l’Agirc-Arrco vient compléter le régime général de la Sécurité sociale. Son financement ? Des cotisations sociales prélevées à la fois sur les salaires et sur la part employeur. Ce système repose totalement sur la répartition : les actifs d’aujourd’hui financent, par leurs cotisations, les pensions versées actuellement. Chaque euro versé donne droit à un certain nombre de points Agirc-Arrco, qui s’accumulent année après année. Le montant de la pension dépend alors du total de points acquis, multiplié par la valeur annuelle décidée par le conseil d’administration.
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Voici les grandes idées à retenir pour saisir la logique du régime :
- Répartition : la solidarité prévaut, il n’y a pas d’épargne individuelle, mais un effort collectif d’une génération vers l’autre.
- Points de retraite : vos droits se comptent en points, convertis en pension lors du départ à la retraite.
- Valorisation annuelle : chaque 1er novembre, la valeur du point et le montant des pensions sont revalorisés.
Chaque mois, la pension de retraite complémentaire Agirc-Arrco tombe sur le compte des retraités, ajustée une fois par an. Ce pilotage par les partenaires sociaux permet au régime de s’adapter aux mouvements économiques et démographiques, sans dépendre directement des gouvernements.
Salariés affiliés à l’Agirc : quelles spécificités et à qui s’adresse ce régime ?
Qui sont vraiment les salariés affiliés à l’Agirc ? Le régime Agirc-Arrco couvre en réalité tous les salariés du secteur privé, qu’ils soient cadres ou non-cadres, dès lors qu’ils travaillent sous contrat de droit privé et que leur entreprise relève d’une convention collective nationale ou d’un accord interprofessionnel. Autrement dit, à partir du moment où il existe un lien de subordination avec un employeur privé, le salarié intègre automatiquement le régime Agirc-Arrco.
Ce dispositif reste en dehors des clous pour les fonctionnaires et les travailleurs indépendants, qui disposent de leurs propres régimes. Quant aux agents contractuels de la fonction publique, ils cotisent à l’Ircantec, qui fonctionne selon d’autres logiques.
Avant 2019, la ligne de partage entre cadres et non-cadres structurait le paysage des retraites complémentaires. Depuis la fusion, cette frontière a disparu : un seul régime pour tous, une seule règle du jeu pour l’acquisition et la gestion des points, quelle que soit la catégorie professionnelle. L’objectif ? Harmoniser les droits et simplifier les calculs, sans distinction de statut hiérarchique.
Côté employeurs, l’inscription au régime Agirc-Arrco devient automatique dès le premier salarié embauché. Chaque entreprise doit verser les cotisations sociales correspondantes, prélevées sur la masse salariale, ce qui garantit la constitution des droits futurs des collaborateurs. Le dispositif couvre également les salariés expatriés, sous certaines conditions, sauf cas particuliers comme Monaco, qui s’apprête à sortir du système à l’été 2024.
Agirc et Arrco : quelles différences aujourd’hui pour les salariés du secteur privé ?
Depuis le 1er janvier 2019, la séparation d’origine entre Agirc (cadres) et Arrco (tous salariés) a disparu dans la pratique. Le régime Agirc-Arrco prend le relais, avec une gouvernance confiée aux partenaires sociaux. Le résultat ? Un fonctionnement identique pour tous les salariés du secteur privé, sans égard au statut de cadre ou de non-cadre.
Le calcul de la pension de retraite complémentaire repose désormais sur un système de points unique. Chaque salarié en acquiert selon sa rémunération soumise à cotisation, répartie sur deux tranches :
- Tranche 1 : pour la partie du salaire jusqu’au plafond de la Sécurité sociale
- Tranche 2 : pour la part comprise entre une et huit fois ce plafond
La valeur du point, fixée annuellement par le conseil d’administration, s’applique à tous, sans distinction. Autre changement notable : le dispositif de bonus-malus (minoration ou majoration temporaire) a été supprimé fin 2023 pour les départs à taux plein avant 67 ans. Il subsiste cependant des majorations pour famille nombreuse et des minorations en cas de départ anticipé. La pension complémentaire reste versée chaque mois, avec revalorisation annuelle au 1er novembre.
La fusion a clarifié le fonctionnement du régime, même si certaines nuances persistent. Les ex-cadres cotisent toujours sur la tranche 2 de leur rémunération, tandis que les autres restent cantonnés à la tranche 1 si leur salaire ne dépasse pas le plafond. Mais la logique reste la même pour tous : une solidarité intergénérationnelle et une mutualisation totale des droits.
Vos droits, options et démarches pour mieux préparer votre retraite complémentaire
Chaque année, les salariés affiliés au régime Agirc-Arrco engrangent des points de retraite en proportion de leurs cotisations et de leur salaire. Plus ces points s’accumulent, plus la pension de retraite complémentaire à venir sera élevée.
Le système prend également en compte certaines périodes où l’activité s’interrompt. Sont notamment considérés :
- Les congés maternité de plus de 60 jours
- Les arrêts pour maladie ou accident du travail supérieurs à 60 jours
- Le chômage indemnisé
Dans ces cas, des points sont attribués même sans cotisations supplémentaires. En revanche, les périodes de chômage non indemnisé ou toute interruption d’activité sans cotisation n’ouvrent pas de droits.
Pour optimiser votre retraite complémentaire, plusieurs options existent :
- La retraite progressive : accessible dès 60 ans avec 150 trimestres validés, elle permet de cumuler activité à temps partiel et perception partielle de la pension.
- Le cumul emploi-retraite : depuis 2024, il est possible de continuer à travailler tout en touchant sa pension, avec la possibilité d’acquérir de nouveaux droits sous certaines conditions.
- La pension de réversion : le conjoint survivant marié, à partir de 55 ans, peut bénéficier de 60 % de la retraite complémentaire du défunt. Les partenaires pacsés et concubins ne sont pas concernés par ce dispositif.
Pour toutes ces démarches, tout passe par votre espace personnel en ligne, par le réseau CICAS pour être accueilli et conseillé, ou bien par la caisse de retraite si vous travaillez à l’étranger, dans les Dom, à Saint-Pierre-et-Miquelon ou en Nouvelle-Calédonie. Point à surveiller : à l’été 2024, Monaco s’affranchira du régime Agirc-Arrco, ce qui appelle à une vigilance particulière pour les salariés concernés.
Au bout du compte, derrière les sigles et les réformes, il reste la même certitude : chaque parcours laisse une trace dans les droits à la retraite complémentaire. Et pour ceux qui s’y intéressent tôt, le temps joue pour eux, pas contre.


